Le belge Puratos souhaite faire du pain sur Mars

Si une colonie humaine s’installe sur Mars, elle mangera peut-être du pain belge. Puratos, le fournisseur d’ingrédients pour les boulangeries, développe avec la Nasa et l’ESA une technique de fabrication du pain adaptée à la planète rouge.

Lorsqu’on parle de « moonshots » – ces projets de grande envergure, risqués et potentiellement « disruptifs » à long terme – on pense généralement aux grandes entreprises technologiques comme Google. Mais Puratos n’a rien à leur envier. Dans son laboratoire installé à la même adresse que son siège social à Grand-Bigard, le fournisseur belge d’ingrédients pour la boulangerie, la pâtisserie et le chocolat, mène des recherches sur la manière de produire du pain sur Mars, pour le moment – toujours hypothétique – où une colonie de Terriens s’y installera d’ici quelques dizaines d’années. « Il est difficile de fournir suffisamment de nourriture sur Mars, explique le CEO Daniel Malcorps. Nous examinons comment nous pouvons contribuer à résoudre ce problème. »

Pour ce projet, Puratos est en contact avec la Nasa, l’institut spatial américain et ses homologues européen et russe, respectivement l’ESA et Roscomos. Le CEO reste cependant vague à propos de la manière dont cette collaboration s’articule. « Nous ne faisons pas partie de l’un ou l’autre consortium, mais nous avons des accords avec les trois organisations. La collaboration se passe bien. Mais je ne peux pas vous en dire plus pour le moment. »

Acteur interplanétaire

Si le projet aboutit, Puratos troquera son caractère international contre le statut d’acteur interplanétaire. L’an dernier, Puratos a vendu ses produits dans plus de 100 pays, pour un chiffre d’affaires proche de 2 milliards d’euros. Ses produits comprennent de la margarine, des améliorants de boulangerie, des mélanges pour pain et des garnitures pour la pâtisserie. Parmi ses clients, Puratos compte aussi bien le boulanger du coin que les grandes boulangeries industrielles comme La Lorraine. L’Europe représente environ 50% de son chiffre d’affaires.

« Cela fait un an que nous travaillons au projet Mars, explique Malcorps. Nous avons installé dans notre laboratoire un conteneur dans lequel nous essayons de préparer du pain. Nous rêvons d’envoyer ce type de conteneur sur Mars. » Puratos n’a pas révélé le montant précis de son investissement. « Nous investissons chaque année 100 millions d’euros, dont une partie est consacrée au projet Mars. »

Cette expérience « spatiale » ressemble à un roman de science-fiction. Malcorps ne dit pas autre chose. « Les gens pensent que nous sommes devenus fous. Mais tout ce que nous apprenons dans le cadre de ce projet peut être utilisé sur Terre. Par exemple, nous avons pour objectif de cultiver des céréales dans des conteneurs dans les grandes villes. »

 » « Tout ce qu’on apprend avec ce projet, on peut aussi l’appliquer sur Terre. » « 
Daniel Malcorps
CEO de Puratos

Les levains – la grande spécialité de Puratos – jouent un rôle important dans ce projet. Les bactéries contenues dans ces ferments font lever le pain et représentent une solution alternative aux levures. « Il est difficile de produire des levures sur Mars, c’est pourquoi nous avons opté pour le levain », poursuit Malcorps. Il peut aller puiser dans la vaste banque de levains que l’entreprise a construite en 2013 dans la commune frontalière de Saint-Vith. « Nous y conservons 115 levains différents issus de 20 pays. »

L’avenir du pain dans le levain

D’après Puratos – qui ne vend pas de levure – l’avenir du pain réside dans le levain. Ces dernières années, l’entreprise a déjà construit six usines de levain, dont deux en Belgique. Cinq petites implantations devraient venir s’y ajouter. Cette année encore, le groupe ouvrira de nouvelles usines en Bulgarie et en Turquie. « Puratos est le leader mondial du levain, précise Malcorps. Nous sommes même le seul gros producteur aux Etats-Unis. »

Puratos mise aussi fortement sur le levain pour ses résultats financiers. En plus de la technologie (cf. ci-contre) et de la croissance externe, la production de levain doit contribuer à faire passer le chiffre d’affaires de Puratos à 5 milliards d’euros à l’horizon 2030.

« Le pain au levain est non seulement meilleur, mais il offre aussi une bonne texture et une durée de conservation plus longue que le pain à la levure. C’est important à une époque où les gens mangent souvent à des heures irrégulières et en route. »



Source: L’Echo