A la veille de la Coupe du Monde : un portrait de Jack Bodart

La Belge histoire de ce samedi nous emmène à la rencontre d’un champion de pâtisserie. À 32 ans, le Spadois Jack Bodart est déjà vice-champion d’Europe de sa discipline. Ce dimanche il défendra nos couleurs avec deux autres complices à la coupe de monde et pour cela, il s’entraîne depuis des mois, tel un vrai sportif.

 

Patience et précision

Nous le retrouvons de bon matin à Verviers, chez le célèbre chocolatier Darcis où il exerce les fonctions de chef-pâtissier. C’est un étage en-dessous de la boutique, au cœur des ateliers, que Jack se prépare depuis 8 mois pour la coupe du monde.

Trois jours avant le grand départ pour Lyon, il s’entraîne sur une impressionnante sculpture entièrement composée de chocolat. Un exercice similaire à celui qu’il devra faire devant le jury international et qui demande patience et extrême précision. Un à un, chaque élément est collé avec la juste dose de chocolat fondu qu’il faut immédiatement figer avec une bombe de froid.

« On essaye de ne pas mettre trop de chocolat pour que ce soit propre, explique Jack, mais de temps en temps ça tombe. Il faut rester patient, ne pas s’énerver et surveiller le temps« .

Un vrai marathon

Pour l’épreuve de la coupe du monde, le Spadois et ses deux coéquipiers auront 10 heures pour réaliser 3 sculptures, 6 entremets et 19 desserts à l’assiette.

Alors depuis 8 mois, ils se retrouvent chaque semaine à Anderlecht à l’école du CERIA pour de grandes répétitions générales. Sous les conseils de leur coach, tels des sportifs, les pâtissiers répètent inlassablement les mêmes gestes pour être fin prêts. Il faut dire que cette compétition mondiale les fait sortir de leur zone de confort.

En décembre, Jack précisait à une équipe du journal télévisé: « En fait, on n’a pas l’habitude de sculpter au départ. Le métier de chocolatier, c’est pas sculpteur. Dans l’épreuve, ils demandent de sculpter un bloc de 25kg, pour moi c’est une première« .

Entre les 10 heures de répétition et les trajets, cela laisse peu de temps pour autre chose. De retour à Verviers, Jack nous le confirme, cette coupe du monde de pâtisserie est un véritable marathon: »Par exemple aujourd’hui je n’ai dormi que 3h. On n’a pas le choix, c’est le dernier rush donc on fait tout pour y arriver et ne pas avoir de regrets surtout. Se dire qu’on a fait le maximum, et puis si ça ne passe pas au moins on a fait tout ce qu’on pouvait. Mais ça on ne l’envisage pas… On va y arriver!« .

 

Une force de conviction partagée par ceux qui le côtoient au quotidien et qui profitent aussi de son expérience, comme Borith Ortega, jeune pâtissier chez Darcis.

« Sa force c’est sa créativité, sa précision dans le travail et sa réactivité, précise-t-il. Il arrivera à toujours trouver une solution même s’il voit qu’il y a un élément qu’il ne va pas arriver à sortir ou à faire comme il le veut. Parce que c’est aussi ça dans les concours, c’est le stress qu’on doit gérer, et ça il y arrive très bien« .

Conseils d’expert

À 32 ans, lui qui est déjà vice-champion d’Europe aime aussi partager sa passion. Ce jour-là, au sein de l’académie Darcis, il apprend à de parfaits amateurs à confectionner de délicieuses croûtes au citron meringuées. Avec pour composante indispensable la meringue à l’italienne.

« Plus elle tourne lentement et plus vous avez des petites bulles, précise le chef aux élèves attentifs. Plus elle tourne vite, plus vous avez de grosses bulles. Et forcément, plus vous avez de petites bulles, plus c’est onctueux« .

Coup du destin

Des conseils d’experts que les participants s’empressent de consigner. Les leçons de Jack ont beaucoup de succès, une belle reconnaissance pour le pâtissier qui a trouvé sa voie un peu par hasard à l’âge de 15 ans.

« En fait je n’avais plus trop envie d’aller à l’école, nous confie Jack. Donc je cherchais quelque chose à faire et un jour en allant chercher du pain à Spa chez Monsieur Caligola, j’ai vu qu’il y avait une annonce comme quoi il cherchait un apprenti. J’ai directement demandé à la vendeuse si je pouvais me présenter. Deux heures après j’avais mon rendez-vous et l’histoire a commencé là« .

Passion dévorante

Et très vite, ce coup du destin se transforme en passion dévorante. Sacré meilleur apprenti en 2005, notre jeune champion réalise ses rêves, confectionne des gâteaux pour des stars comme Eva Longoria, côtoie de grands noms de la pâtisserie comme la française Mercotte et termine vice-champion d’Europe en 2017. »Je ne comprends pas la passion que j’ai par rapport à la pâtisserie, c’est vrai que c’est incroyable, confie Jack. Même quand je suis chez moi je regarde sur l’ordinateur, sur mon téléphone, je vis pâtisserie, je dors pâtisserie, ça ne s’explique pas… Faire quelque chose qu’on aime, c’est déjà extraordinaire« .

Un livre en préparation

Aujourd’hui, à côté de la coupe du monde, Jack a un autre rêve. Avec une amie photographe, il prépare un livre de recettes qui servira de support à des masterclass destinées aux professionnels à travers le monde. Pour ce faire, il a réalisé une série de gâteaux colorés plus surprenants les uns que les autres. Mais s’ils semblent très appétissants, mieux ne vaut pas manger ces pièces-là. »Quand fait des photos, on triche un petit peu, on moule tout en chocolat, explique notre champion. Ici normalement on aurait dû mettre une compotée, mais peut-être que Régnie va mettre 15-20 minutes pour la photo parce que je suis assez critique. Donc pour pallier au problème que ça s’affaisse ou pas, on met du chocolat« .

 

 

« On n’a jamais fait le tour en fait. Tous les jours on apprend de nouvelles techniques puis on apprend de tout le monde, même avec des jeunes. Même si je n’ai pas la réponse ou que je pense avoir la réponse, je leur dit toujours essayez et moi ça peut me donner des idées, donc on apprend de tout le monde. C’est surtout un échange la pâtisserie. Que ce soit pour la création ou même pour déguster par après, c’est un moment convivial on va dire« , conclut Jack.

En amoureux des bonnes choses, le champion compte bien épater le jury de la coupe du monde de pâtisserie. Une belle carte de visite pour l’avenir. Le dernier Belge a avoir décroché l’or en 1995 était un certain Pierre Marcolini.